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Un temps pour chaque chose
Petit matin vaporeux, comme tous les mercredis matins, les seuls où je commence à huit heures, où les vapeurs de café mêxtraient peu à peu des brumes enchantées du sommeil tandis que le soleil donne sa première caresse matinale sur le flanc de la colline. Calm, paix, bonheur de se réveiller une demi-heure avant son réveil et de pouvoir se replonger sans mauvaise conscience dans le sommeil, pourtant agité.

Images étranges, absurdes, recherche du pays imginaire de Peter Pan en suivant l'étoile à gauche (pourtant dans le rêve c'était celle de droite que je suivais peut-être pour ça que je me suis trompée) pour se retrouver dans un verger fleuri, de nuit, sous les étoiles. Des flashs me reviennent sous la douche, avant le petit-déj' car pas le temps après. Un soleil rouge, géant, qui roule le long de la Terre, mais qui ne chauffe presque pas, vision apocalyptique effrayante, et pourtant la vie continuait.

Dans le tram, deux anciennes camarades, qui ont tourné pétasse et me disent à peine bonjour, se moquent de l'appel aux citoyens pour nettoyer les rives du lac. elles disent qu'il n'y a rien à enlever, que tout est nickel vu que personne ne va à la plage en hiver. Moi je sais que ça n'est pas le cas, elles n'ont pas trempé le bas de leur pantalons à trois cents balles sur la plage boueuse, moi si.

Ce genre de filles m'énerve, leur superficialité touchant l'absurde me sidère. Bien sûr j'aime être jolie et bien mise, mais je fais tout de même plus attention à ce qu'il y a dans ma tête qu'à son apparence. Bien sûr, aussi, elle peuvent faire semblant d'avoir des amis (dont elles disent du mal quand ils ne sont pas là, oh monde cruel, faux-jeton et superficiel), mais si elles s'intéressent réellement à quelqu'un, c'est à elles-mêmes.

A quelques secondes près, j'ai obtenu la dernière place assise du cours, coup de chance. C'est toujours quand je suis fatiguée, à bout de nerfs, que ma chance se manifeste, à croire qu'il faudrait que je ne dorme plus pour être sans arrêt chanceuse.

Ma journée d'hier me revient en tête, le cours de danse, les échanges de messages avec l'homme qui m'a mis un râteau, mais avec qui je suis restée amie, la discussion à son propos et à propos de l'homme que j'aime (donc un autre), avec un ami de longue date. Ce dernier serait plus favorable au premier qu'au second, m'ayant fait trop de mal, selon lui, il ne me mérite pas. Mais moi je ne sais pas ce que je dois croire ou non, ce que je dois voir ou non, ce que je dois deviner. Alors j'essaye de ne pas trop faire de probabilités, pour une fois. Là-dessus, le gars qui m'envoie des signaux (un troisième, accrochez-vous il y en a quatre) et à propos duquel j'étais sûre de m'être trompée à ce sujet, recommence à en envoyer...

Je ne sais plus si je les vois parce que je veux les voir, ou parce qu'ils existent vraiment, je ne suis pas désespérée au point de vouloir sortir avec n'importe qui, même un ami, non ? Attendre, encore attendre pour avoir les réponses que je cherche...

J'ai assez attendu sans rien faire, ces derniers temps, et cela ne m'a avancée à rien. Bien sûr les questions continueront de tourner dans ma tête, mais tant que je peux les oublier de temps en temps, et trouver les réponses en leur temps, ça ne me changera pas de tous les jours. Avant de savoir COMMENT, la Terre tournait sur elle-même autour du soleil, j'ai su qu'il y avait un jour et une nuit parce que la Terre tournait sur elle-même, et après j'ai découvert que les étoiles ne bougeaient pas toutes de la même manière, comme un décor figé.

Chaque jour, j'en apprends davantage, alors même si chaque réponse amène toujours une dizaine de questions, je sais qu'en fin de compte, je saurai.

L'air est encore frais, le lac est encore enveloppé dans son duvet vaporeux, les collines fleuries ont encore les yeux embués de brume, mais le soleil monte, au fil des heures, de plus en plus haut, de plus en plus lumineux. Bientôt tout ce flou s'estompera et la journée pourra vraiment commencer, claire, mais chaque chose en son temps. Il faut attendre que le soleil monte, que les heures tournent, à quoi bon attendre dans rien faire, et à quoi bon tenter de faire accélérer le temps ?

En rentrant, je me sens libre, libre et toute-puissante. Je détache mes cheveux pour qu'ils blondissent au soleil grâce à ma mixture citronnée, je laisse mon manteau de lin noir flotter autour de moi dans le vent et, tout en marchant, en flottant presque, portée par la musique, je regarde autour de moi. Ici il fait clair, le présent est sûr et limpide, quoiqu'à quelques mètres de moi les arbres projettent leur ombre sur le sol. Mais de l'autre côté du lac, tout le pays est encore en sommeil, dans des plumes duveteuses, et si je sais assez bien ce qui me concerne, il est vrai que je ne sais pas ce qui se passe dans la tête de ces quatre hommes avec lesquels mon esprit jongle.

J'achète Elle, j'ai pris l'habitude depuis deux-trois semaines de l'acheter le mercredi et de le relire toute la semaine, dans le tram, je lis mon horoscope, parce que je n'ai pas eu le temps de le lire ce matin dans la Feuille. En gros on me dit de prendre patience, de ne pas essayer de provoquer les choses, mais de les laisser venir à moi. Je cherche les signes, façon Amélie Poulain : si j'ai vu au moins sept (décompte actuel trois) avions avant de rentrer chez moi, un des Quatre (re)viendra vers moi. A peine avais-je pensé ça que, regardant par la fenêtre, quatre, cinq... En sortant du tram six et sept. Alors je me dis, si j'en vois huit, il ne m'aime pas, neuf, il m'aime. En tournant dans ma rue, le huitième vole, un peu dépitée, je me retourne vers le soleil pour trouver la clef au fond de mon sac et, relevant les yeux, neuf.

En même temps je n'ai pas envie d'y croire et que ça ne soit pas vrai et que ça me déçoive, en même temps ça fait plaisir, même si ça n'est pas vrai, et si c'est un autre des Quatre, ça me va aussi. Il ne me reste qu'à attendre pour que les réponses arrivent.


Ecrit par Mini-Beille, le Mercredi 7 Mai 2008, 11:00 dans la rubrique Maintenant.

Commentaires :

Le-locataire-du-3e
Le-locataire-du-3e
07-05-08 à 12:46

Je ne sais pas si, à la mesure de nos petitesses, chercher le chiffre de nos vies nous aide justement à vivre. Tout ce que sais, c'est qu'en te lisant, j'ai éprouvé la pureté des mots et des évocations, des enchaînements d'images éthérées. Ce jeu du quotidien, clair comme le ruisseau dévalant à flanc de montagne, est une eau de vie enivrante.
J'espère que la source sera abondante.

 
Mini-Beille
Mini-Beille
07-05-08 à 16:59

Re:

Chercher, des réponses à mes questions... des questions à mes réponses... cela aide peut-être à vivre dans le sens où je le fais comme je respire. Mais quand je m'obsède moi-même et que je me mure dans un silence solitaire pour y réfléchir, ma tête tourne et demande de l'air et mon imagination de l'espace où s'ébattre en paix.

Les images et évocations sont, car je les vois et les sens comme telles. Mon quotidien serait banal sans mes lunettes de miel pour tout regarder sous un angle ensoleillé ou brumeux... et si l'autre rive du lac se détachait et ne devenait plus qu'une île lointaine sur la mer ? Et si derrière la montagne il n'y avait pas une ville de fer et de fumée, mais de bois et de diamants étincelants, comme ceux qu'on voit des fois par terre, briller sur le goudron ? Et si, à force de regarder le ciel, je m'envolais et me laisser bercer dans le sein des nuages par une douce brise parfumée ?

En un instant le pas est franchi, l'île regorge de pirates et de galions sous-marins, la ville déroule ses guirlandes de fleurs pour faire bal tous les soirs et je m'envole dans un nuage de fleurs vers mes soeurs les étoiles pour écouter leurs secrets... puis soudain tout s'estompe, le signal retentit, le feu a passé au vert, il est temps de traverser la route et de continuer mon chemin...

 
exvag
exvag
07-05-08 à 21:03

Re:

Dis tu n'aurais pas une paire de lunette de miel à prêter ?

Je connais un ours qui en serait friand.


 
Mini-Beille
Mini-Beille
07-05-08 à 21:24

Re:

Ben... le truc c'est qu'un jour j'ai déchiré le corset qui me retenait prisonnière, un corset de règles précises que je m'étais forgée, j'ai brûlé, gelé, suis morte, et quand je suis née à nouveau, j'avais du miel sur les cicatrices de mes anciennes blessures, et en les léchants les lunettes sont venues sur mon nez.

Donc je n'ai pas d'autre paire que les miennes, et je ne sais pas comment les enlever.

 
exvag
exvag
08-05-08 à 10:45

Re:

Je t'envie d'avoir ces lunettes qui te montre le monde beau.