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Goutte d'eau dans l'Océan
Depuis hier soir, je plane dans les souvenirs, de ceux de mon enfance, perdus entre les récifs escarpés de mon âme reconstruite à grand-peine. Mais je ne suis pas seule, dans le club des rescapés, il y a des amis, de ces gens merveilleux que l'on ne voit presque jamais, de ces légendes humaines comme le sont les héros chevaleresques de mes livres d'enfances (qui ne sont pas pour autant des livres d'enfants). J'en ai revu une hier, elle n'a pas vu tous les malheurs du monde, mais n'en est pas si loin. Elle s'est mariée avec l'homme de sa vie aux soins intensifs, il y a cinq ans, avant que peut-être il meure, mais il a vécu, et commence à remarcher, ces jours seulement.

J'ai revu une amie du temps où j'étais l'apprentie de mon père, et c'est fou toutes les choses qu'on avait à raconter, elle fait partie des personnes que nous appelions les gens en or, avec un coeur de diamant, pur, à l'apparence fragile, mais si forts dans l'adversité. Elle en a vu, elle a vécu, c'est une personne, quand tu la regardes, tu peux sentir les années d'épreuves subies, mais malgré tout elle peut rester confiante, souriante, avec des pointes de desespoir, mais elle est bien avec elle-même et avec le monde. Elle est de ces gens profonds marqués de cicatrices par la vie, que souvent tu as l'impression de ne rencontrer que dans les livres, mais qui existent autour de nous, et des gens pourtant tellement simples, tellement faciles à vivre, tellement honnêtes avec eux-même et avec le monde... C'est beau, c'était profond comme moments, on s'est rencontrées vers sept heures ce soir, et on s'est quittées vers onze heures, des heures et des heures passées à discuter, du monde qui tourne et continue de tourner, mais s'arrête de temps en temps... des efforts à déployer pour le remettre en marche, de la force que ça nécessite, ça paraît tout simple, mais c'est tellement difficile.

C'est vraiment merveilleux ce genre de personnes, des gens droits comme on n'en croise jamais, toujours prêts à rendre service, à être là les uns pour les autres... des gens en or, vraiment, et encore l'or n'a aucune valeur par rapport à eux. C'est le genre de personne que je voulais être quand j'étais petite, même si je savais qu'il fallait en baver et que ça n'était pas tout rose pour en arriver là, qu'il valait mieux se tenir hors des problèmes et ne pas se laisser blesser... et finalement les problèmes me sont tombés dessus, et quand je l'ai quittée ce soir, je me sentais bien, acceptée dans un cercle que j'avais toujours admiré.

J'avais peur avant de la voir, peur de revoir aujourd'hui celui qui m'a tuée, peur qu'il détruise ce que j'avais pu reconstruire, mais la voir et se rappeler toutes ces épreuves m'a fait comprendre de quelle manière c'était futile d'avoir peur pour une aussi petite chose. Que je ne méritais pas de m'être reconstruite si cette reconstruction ne tenait pas face à lui. Mais au fond de moi j'avais peur quand même, un peu, mais plus peur de lui, peur de moi, de ne pas être à la hauteur, pas suffisamment chevaleresque et droite, peur de lui en vouloir.

Mais pas un mot, quelques regards tout au plus, mais le moins possible, je n'avais pas envie de me faire traiter de voleuse d'hommes à simplement le regarder. Non, pas un mot, à croire que j'ai rêvé, que rien ne s'est jamais passé, l'impression malsaine de ne pas exister. Pire que la colère, l'oubli. Rien ne s'est jamais passé, tout le monde est beau, tout le monde il est gentil. Situation fausse s'il en est. Un mot, une simple phrase aurait suffi, pour dire qu'on faisait table rase du passé, mais rien, négation de moi, simple, directe.

Tout n'est pas mauvais pourtant, j'ai eu le coeur de la salade, et comme Roudoudou l'a dit, ça porte bonheur. Greg était sur msn quand je suis rentrée, et nous avons discuté assez longuement avant qu'il me dise qu'il était en réunion et que cette conversation était trop intéressante pour être suivie d'un oeil seulement. Tout mon malheur, toute mon impression de ne pas exister s'est évaporée dans cette discussion, j'existe, j'existe au moins pour Nati, Petit Elfe et pour lui.

Je relis notre conversation et je me grise de ces mots, une foule de choses dites, une foule de choses retenues, je me rappelle de ses yeux, de ses bras, de sa manière de danser, une sonate de Corelli en fond sonore, je me laisse emporter dans un monde que je ne suis pas sûre de connaître. Il ressemble à certains mondes que j'ai déjà vu, de lourdes ressemblances, et cette plaie qui sans se rouvrir tire encore sur les cicatrices.

J'aurais aimé attendre un moment avant de les revoir, tous les deux, laisser du temps au mal pour s'en aller, laisser les plaies se refermer, me laisser le temps de retrouver quelqu'un, de ne pas avoir la honte de celle qui s'est faite jeter sans explications. C'est peut-être pour ça aussi que j'ai embrassé Petit Elfe, pour que le dernier baiser reçu ou donné ne soit pas de Lui, je n'en suis plus très sûre maintenant.

Trop de mauvaises pensées, trop l'impression d'avoir été jouée comme une marionnette, du début à la fin, je ne Le regarderai plus comme un ami, je ne peux plus, je ne peux plus avoir confiance en Lui. Il ne faut pas mordre la main qui nous caresse mais pas non plus lécher celle qui nous bat. C'était une goutte d'eau dans l'Océan de ma vie, mais c'est aussi celle qui a fait déborder le vase trop plein d'émotions. Je me reprends, doucement. Je laisse les pensées s'égrainer devant mes yeux, et dans ma tête. Aspiration rauque, qui me tord la gorge, je veux, je veux encore être regardée comme Il me regardait, serrée comme Il me serrait, mais par Lui non, plus jamais. Tout mon être Le repousse, tout comme j'aspirais à Lui avant.

Alors je relis, fébrile, je me raccroche aux fois où j'envoie des boutades semi-sérieuses à Greg, des perches auxquelles il pourrait s'accrocher, et auxquelles il s'accroche, des remarques sur lui, sur la danse. Océan de rêve, de trêve, envolées les futilités de cet après-midi qui ne sont qu'une goutte vite évaporée. Et je rappelle à moi ce souvenir, ce souvenir si doux de baiser échangé dans un rêve. Il peut bien pleuvoir, je ne vois que le soleil.



Ecrit par Mini-Beille, le Jeudi 10 Juillet 2008, 18:34 dans la rubrique Maintenant.

Commentaires :

nati29
nati29
10-07-08 à 22:38

Désolé.... c'est moi qui vous ai réuni si tôt, trop tôt pour toi peut-être...
Mais je ne pense pas que ça soit une négation de ce qui s'est passé... mais peut-être une négation des rancoeurs qu'ils ont, peut-être encore à toi égard... une négation pour ne pas se battre chez moi, pour ne pas crier devant moi, pour ne pas faire du spectacle devant tant de monde non concerné...

Mais oubli ça! Dans 2 jours tu pars en vacances! et tu ne reviens pas  de si tôt donc oublie ça pozur l emoment! Quand tu sera rentrée ça ira surement mieux... j'espère...

Pense à Greg! Pense à la Bretagne! Pense aux avions ;-P

^^

Gros Zibouxxx pucinette

je t'aime très très fort petit soleil de ma vie ^^
*SMOUICTH*

 
Mini-Beille
Mini-Beille
10-07-08 à 22:40

Re:

Ne t'inquiète pas... ça va mieux... De l'eau a coulé sous les ponts en ces quelques heures, je me sens mieux, et Greg n'y est pas pour rien ^^

Ce n'est pas de ta faute, je suis sûre que tu pensais bien faire, et tu as sans doute eu raison...

Une fois de plus, les mots que je n'ai pas trouvé par oral pour décrire ce que je ressens, tu as pu les lire ici... tant mieux...

Bisous tout plein !!!